(© Arthur Pequin)
Menée au rythme des guitares électriques et des actes de résistance d’une femme qui se relève toujours, La Vie trépidante de Laura Wilson de Jean Boillot est une fable contemporaine sur le besoin vital de lutter et d’aimer face à l’individualisme ambiant.

Laura Wilson a un travail, un enfant, un mari et un foyer : la perte de son emploi entraînera celle de tous ces autres éléments qui lui assuraient une stabilité sociale et émotionnelle. Sa survie, elle la devra à sa volonté de résister, de remonter la pente et de ne pas renoncer au bonheur ; au-delà, c’est contre le cynisme, la brutalité des nantis, le machisme, l’intolérance et l’indifférence qu’elle combattra.

« Ce texte de Jean-Marie Piemme, je l’ai découvert en 2010, mais je ne voyais alors pas l’urgence de le mettre en scène, raconte Jean Boillot, metteur en scène et directeur du NEST – CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est, qui collabore pour la quatrième fois avec l’auteur wallon. C’est la menace plus prégnante du Front National et la progression d’une idéologie néolibérale qui s’immisce dans nos vies qui m’a décidé. »

Un long travail de réécriture aux côtés de l’auteur a vu l’émergence de nouvelles scènes, comme celle où l’héroïne est tentée par l’extrémisme. Jean-Marie Piemme a également écrit un nouveau texte, une chanson chantée par Laura, interprétée par Isabelle Ronayette dont l’engagement a conquis le public du Festival Off d’Avignon, où le spectacle a été créé.

Son refus du cynisme et de la colère, cette capacité à s’élever la rend touchante et nous inspire.Comme dans toutes les créations de Jean Boillot, la musique est ici omniprésente. Il a fait appel à Hervé Rigaud, déjà complice sur La Machine à révolte. « Je viens du monde de la musique et je dirige beaucoup à l’oreille, je suis très sensible aux voix, aux rythmes, aux couleurs. Il y a toujours chez moi un dialogue entre corps et musique » explique le metteur en scène.

Guitares, claviers et magnétos sont présents sur le plateau, se fondent au sein de l’espace scénique dans une atmosphère de « concert théâtralisé » où la musique est jouée en direct, les voix parfois enregistrées et recyclées. « J’aime la forme concert, pour moi c’est une sorte de modèle théâtral. Comme le théâtre, c’est une illusion dont le but n’est pas de tromper. » L’utilisation de la vidéo s’ajoute au dispositif scénique pour apporter au récit de nouveaux points de vue, comme celui de l’enfant au cœur d’une dispute parentale ou des passages filmés en direct par les acteurs. Une astuce pour mieux rentrer dans une intimité et jouer avec la valeur des plans.

Le discours sur l’art s’immisce également dans La Vie trépidante de Laura Wilson par ce passage décisif où, au fond du gouffre, celle-ci entre dans un musée et est inspirée par la vision du dantesque tableau La Chute des anges rebelles de Brueghel. « Cet épisode n’a pas de leçon particulière à donner, il montre simplement que l’art peut être une expérience de décentrement capable de changer le regard ; ce qui est déjà un peu changer le monde… » Dès lors, Laura Wilson part en guerre. Sa volonté de survivre mais aussi de se battre pour les autres, son refus du cynisme et de la colère, cette capacité à s’élever la rend touchante et nous inspire. Une héroïne qui rappelle les films de Ken Loach ou ceux des frères Dardenne, originaires de la même ville que Jean-Marie Piemme : Seraing, au sein d’un ancien bassin sidérurgique.

Dès l’entame du spectacle, c’est un portrait kaléidoscopique qui se dessine : dans une salle de réunion « s’invente » l’histoire de Laura Wilson, vue par une équipe de scénaristes esquissant des « hypothèses » et toute une galerie de personnages masculins ou féminins, tous incarnés par Philippe Lardaud et Régis Laroche. Laura Wilson, un symbole ? « On a avant tout souhaité rester très ancrés dans la réalité, comme dans l’actualité, explique Jean Boillot. Dans la pièce nous décrivons un combat contre un système, combat qui est plus important que la victoire, et qui parle aussi de notre besoin d’amour et d’une société de visions partagées. » 

Du 11 au 18 octobre au NEST de Thionville
www.nest-theatre.fr