Maire de Thionville et président de la communauté d’agglomération Portes de France-Thionville, Pierre Cuny ne cache pas ses ambitions pour Thionville et le Nord Moselle. Économie, logement, attractivité, relations avec le Luxembourg… Tour d’horizon. (Crédit photo : ville de Thionville / Stéphane Thévenin)

Quelles sont vos ambitions pour Thionville. Comment voyez-vous la commune dans 5 ans ou 10 ans sur le plan économique, urbain, commercial… ?

Notre ville est portée par une forte croissance démographique qui va s’accentuer avec l’émergence de grands projets urbains. Thionville la frontalière doit être le territoire d’excellence du Nord Lorraine et constituer le phare du nord du département. L’objectif de croissance démographique est à 50 000 habitants en 2030.

En termes économiques, Thionville a vocation à se développer dans le secteur de l’économie numérique, les différents projets en cours de réalisation sont tournés dans cette direction : espaces de coworking, télétravail. Quant à la dynamique commerciale, il nous faut changer de logiciel, être pragmatiques et viser l’excellence. Ce qui est bon pour le centre-ville est bon pour les zones commerciales périphériques et inversement. Le renforcement de ces zones est donc nécessaire, au même titre qu’un travail en complémentarité avec le centre-ville afin de le redynamiser.

Bref, Thionville est une ville dynamique, prête à relever les grands défis du siècle et du territoire, avec une gestion maîtrisée et prospective. Une ville qui impulse un mouvement visant à lui donner la place qu’elle mérite dans le Nord Moselle et dans la région Grand Est. Une ville également ouverte sur les territoires voisins.

Quels sont les leviers que vous comptez activer pour engager Thionville dans cette voie ?

Différents leviers sont à disposition au premier rang desquels le levier financier. Il passe par plusieurs dimensions. Pour le redressement des finances de la Ville, l’objectif est de réduire les dépenses de fonctionnement et d’établir un plan pluriannuel d’investissements afin de mener une politique d’investissement raisonnée et cohérente.

«L’ambition est d’affirmer le positionnement de Thionville au cœur de son territoire et que la commune assume le leadership du Nord Moselle.»Sur le plan politique, l’ambition est d’affirmer le positionnement de Thionville au cœur de son territoire et que la commune assume le leadership du Nord Moselle. D’un point de vue plus structurel, cette ambition passe par un travail fusionnel avec la Communauté d’Agglomération afin de poursuivre les transferts de compétence, les mutualisations et la nécessité d’avoir une véritable « approche de territoire ».

Une approche qui tienne compte également de l’espace rural qui doit, lui aussi, être dynamisé. Nous devons notamment soutenir l’économie rurale et l’agriculture en soutenant le circuit-court. J’ouvre d’ailleurs une petite parenthèse sur ce sujet. Je suis personnellement favorable à la construction d’un abattoir sur notre territoire. Je referme la parenthèse.

Thionville a pour atout d’être proche du Luxembourg. Quelles relations entretenez-vous avec les décideurs du Grand-Duché ?

Thionville doit être en quelque sorte le point d’équilibre du frontalier. Politiquement, il nous faut encore nous rapprocher de nos amis luxembourgeois et pour cela être capable de travailler ensemble. La structuration du nord de la Lorraine est indispensable. Une réflexion autour d’un pôle métropolitain transfrontalier est en cours et j’y suis, personnellement favorable. J’ai des contacts réguliers avec mes homologues luxembourgeois et nous sommes d’accord sur un point : travaillons sur du projet, dans une logique gagnant-gagnant.

Thionville rive Droite, un projet urbain essentiel (©DR)

Thionville Rive Droite (©DR)

Pouvez-vous nous présenter quelques-uns des grands projets qui sont déjà lancés, dans le domaine urbain ?

Le projet emblématique ayant débuté est celui de la requalification de la Rive Droite de la Moselle. Début septembre, la mise en chantier de la démolition du centre Jacques Brel a démarré. C’est la première étape de la restructuration de toute l’île qui ouvrira la gare sur la ville. L’opération durera jusqu’en 2025.

«S-HUB développera le télétravail à destination de milliers d’employés transfrontaliers des entreprises du Luxembourg.»La Moselle sera demain au cœur de la ville. L’ambition est d’y construire 1 300 logements, un pôle numérique avec espace de coworking et télétravail, un hôtel 4 étoiles, un bâtiment type Appart’Hôtel, 3 parkings pour un total de 1 500 places, une passerelle mode « doux » (piétons et vélos) sur la Moselle pour faire le lien avec le cœur de ville ainsi qu’un pont pour assurer le passage du futur bus à haut niveau de services.

Le transfert sur cet espace du Nest et de son Théâtre en bois est également une possibilité. Dans le même temps, entre 2022 à 2030, l’entrée de ville aura également entamé sa transformation, visant à redonner tout son cachet à ce patrimoine architectural mais également à créer de l’habitat. Pour vous donner une petite idée de l’évolution de l’offre en matière de logement, entre 2008 et 2014, environ 200 logements ont été construits par an. Aujourd’hui, c’est 750.

Quels sont vos projets plus spécifiques en direction du monde de l’entreprise. Et avec quelles ambitions ?

Je vous parlerai ici d’un projet phare : S-HUB. La Communauté d’Agglomération Portes de France-Thionville a mené une réflexion sur la faisabilité d’un espace de travail pour les travailleurs lorrains frontaliers. En effet, l’essor du travail frontalier a dopé la démographie nord-lorraine, avec une croissance cinq fois supérieure à celle de la région entre 2007 et 2012.

Cette croissance pose une problématique de mobilité, puisque sa conséquence essentielle est la saturation des infrastructures de transport sans perspective de solution à court et moyen termes. S-HUB développera, dans des espaces tertiaires, le télétravail à destination de milliers d’employés transfrontaliers des entreprises du Grand-Duché de Luxembourg.

Quel est le calendrier ?

Le premier bâtiment S-HUB sera implanté sur la ZAC Espace Meilbourg dans sa partie dite îlot A31 et disposera d’une visibilité de premier choix sur l’axe majeur autoroutier Metz-Luxembourg. Idéalement, ce développement est souhaité à l’horizon 2018. Le bâtiment d’une surface totale de plancher de 1 940 m² répartis sur 5 niveaux de 388 m² sera construit sur une emprise foncière de 3 000 m².

S-HUB (© DR)

Le S-Hub, un espace de travail pour les travailleurs lorrains frontaliers qui devrait voir le jour à l’horizon 2018 (©DR)

S-HUB permettra aux salariés frontaliers d’éviter des pertes de temps importantes dans les transports et contribuera à réduire les flux congestionnés des infrastructures de transport. S-HUB sera un nouvel espace de développement économique sur le territoire de la Communauté d’Agglomération.

Il faut néanmoins composer avec les réglementations du travail…

La démarche S-HUB s’inscrit dans le cadre des réglementations européennes et luxembourgeoises du travail :
-sur la fiscalité des personnes, le travailleur restera imposé au Luxembourg à condition d’y travailler plus de la moitié de l’année.
-sur la sécurité sociale, le travailleur reste affilié à la Sécurité sociale luxembourgeoise à partir du moment où il effectue 75 % de son temps de travail au Luxembourg.
-sur la fiscalité des sociétés, l’entreprise restera taxée au Luxembourg sauf en cas de qualification d’établissement stable en France. Le sujet est donc maîtrisé et il s’agira de donner toutes les garanties aux entreprises.

Qu’en disent les entreprises luxembourgeoises ?

Elles sont très intéressées, notamment les grandes firmes, car elles ont tout à y gagner. Nos cibles prioritaires, ce sont les salariés des secteurs suivants : commerce, services aux entreprises, activités financières et d’assurance, information et communication. Cela représente environ 10 000 salariés. Dans les hypothèses les plus basses, ce sont des centaines de postes de travail qui se dessinent pour le projet S-HUB. Personnellement je suis convaincu que le télétravail fera partie, très bientôt, des points abordés et négociés lors d’un recrutement. Le télétravail sera un élément du « package » comme peut l’être la voiture, par exemple.

Ces différents projets impliquent des investissements importants. Comment les financez-vous ?

J’en reviens à la nécessaire vision globale sur plusieurs années. Pendant trop longtemps, les projets ont été envisagés et menés sans projection dans le temps. Je ne subis pas les circonstances. Je m’inscris dans un temps long. Un plan pluriannuel d’investissement a été établi, pour les 10 années à venir, afin de lisser un investissement d’environ 70M€ pour la seule Ville de Thionville.

«Je ne subis pas les circonstances. Je m’inscris dans un temps long.»Les partenaires institutionnels comme la Région Grand Est, la CCI sont à nos côtés pour financer des projets innovants, dynamiques et porteurs pour le territoire. Comme je le signalais précédemment, nos amis luxembourgeois sont également prêts à financer, partiellement, certaines réalisations de ce côté de la frontière dès lors que nous leur proposons des projets cohérents. Quand je dis « nous » ce sont les acteurs et les élus locaux.

François Bausch, Ministre du Développement durable et des Infrastructures l’a redit récemment, il n’est pas question de faire des chèques à Paris. Enfin, il nous faut conforter notre attractivité. Notre cellule dédiée a déjà été renforcée pour ce faire. L’installation de Maxilor à Yutz ou du groupe norvégien Kverneland sont, en la matière, d’excellentes nouvelles pour le territoire.

Comptez-vous vous appuyer, aussi, sur la sphère privée via des partenariats innovants ?

Dans une période où les finances des collectivités sont malmenées par l’État, une équipe municipale se doit d’être audacieuse et c’est tout le sens d’une démarche ambitieuse engagée en termes de sponsoring, de mécénat et de partenariat par la Ville.

Thionville est partenaire du Salon à l’Envers. Pourquoi ? Quel regard portez-vous sur ce rendez-vous et qu’en retirez-vous comme bénéfices?

C’est une manifestation qui, depuis 1996, n’a cessé de prendre de l’envergure et qui prend toute sa place dans l’univers économique de Région Grand Est et au-delà même des frontières, au sein de la Grande Région. C’est dorénavant un rendez-vous attendu et incontournable qui rythme la vie de notre territoire en mettant en valeur ses formidables atouts. Le territoire du Nord Moselle, du bassin thionvillois, a désormais besoin de visibilité et de lisibilité. Le Salon à l’Envers est un maillon de la chaîne pour capitaliser sur les atouts de notre territoire et réussir ensemble.

 

Propos recueillis par Fabrice Barbian